Lundi 8 septembre 2008
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Partir, c'est mourir un peu !
Qui n'a, durant sa vie, prononcé ces quelques mots, mots enchanteurs vous diront les uns, évoquant plaisirs du voyage ; paroles tristes et sombres vous diront les autres en quittant leurs foyers ou
leurs familles.
Ce simple mot a pour chacun une signification différente.
Pour les uns c'est le rêve, pour toi, la solitude, pour lui, l'oubli !
Mais il y a plusieurs façons de partir.
Il y a surtout celle où vous êtes assise en classe, mais surtout vous êtes partie. Vous pensez : bientôt les vacances, vous vous évadez de cette ambiance coutumière qui vous étreint et vous voyez
déjà ce que vous appelez "vos vacances". Vous fuyez la ville et ses rues sombres et vous volez vers des contrées ensoleillées où le ciel est toujours limpide, où la mer étincelle et reflète sur les
hauts minarets algériens son éblouissante clarté.
En réfléchissant un peu, comment êtes-vous à la fois là et ailleurs ? Vous partez car vous aimez le rêve, vous aimez les chimères et vous vivez pleine d'espoirs et de bonheurs futurs.
Pourtant ce mot "partir" annonce déjà le renouveau de chaque chose. La petite graine qui a fleuri deviendra belle plante et s'effeuillera lentement dès les premiers grands froids. Elle aussi
partira, mais vous vivez comme elle, dans la pensée d'un nouveau printemps tout neuf et plein de mille choses nouvelles.
Il y a aussi le sens réel du mot "partir" et celui qui n'est pas toujours attendu.
Il y a le "partir" de l'homme qui part à la guerre avec le seul mot qui lui est permis "retour".
Il y a le "partir" de l'enfant des faubourgs qui s'en va vers cette grande étendue bleue qu'on appelle la mer.
Il ne l'a jamais vu mais le peu qu'il connait d'elle c'est lorsqu'elle n'est pas contente Madame la mer en furie fait alors sombrer de jolis bateaux. Il part, il va connaître celle qu'il croit déjà
ne pas aimer.
Il y a aussi celui qui part sans idée en tête. Il ne sait rien. Si ! une seule chose : il part. Il n'a plus sur terre aucun intérêt. Il n'aime plus rien. Il veut oublier. Il part.
On ne peut mesurer l'étendue du mot "partir", c'est un mot qu'on ne peut expliquer. Il veut à la fois dire 'tout" et "rien".
Partir c'est le néant.
Partir, c'est l'avenir.
Ce mot chacun l'a dans la bouche.
Voyez cet imprimeur penché continuellement sur sa machine, il imprime pendant des heures et des heures de grandes images multicolores et variées : VISITEZ LA CHINE ! VISITEZ L'EGYPTE ! VISITEZ
L'AFRIQUE ET AUSSI l'ASIE !
Ces mots dansent une sarabande dans sa tête. Il veut partir, quitter pour toujours cette machine bruyante qui s'accroche à lui comme un animal à sa proie. Il veut s'évader, il veut, il veut ! Mais
vouloir, c'est rarement "pouvoir" et il sait très bien qu'il restera sa vie entière devant ses rouleaux d'où s'échappent en rugissant toutes ces affiches qui semblent le narguer.
Partir, c'est le rêve de chacun, rêve inaccessible pour beaucoup, espoirs envolés, projets futurs et chimères magiques.
Pourtant nous partirons tous un jour pour ce grand voyage final que nous ferons tous et là le départ sera certain et pour toujours.
Notre souvenir restera peut être présent dans la mémoire de ceux qui nous ont aimés et tout cela hélas, sans espoir de retour.
Monick BESSIERE, épouse MOIX (1937-1999)
Par VALY
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Publié dans : Hommage
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